lecture scientifique

Evaluation of a Reflective Practice Intervention to Enhance Hospitalized Elderly Care : a mixed method study

L’accompagnement de personnes fragilisées par l’âge ou le handicap expose régulièrement les professionnels à des prises de décisions réalisées en contexte, avec une information incomplète, un délai parfois réduit, ce qui peut les amener à s’interroger sur leur pratique. Dans cet article, je considère la pratique comme l’ensemble des habitudes comportementales liées à l’activité professionnelle. Autrement dit, il s’agit des modèles d’actions, des façons de faire, de répondre à telle ou telle situation. Ces actions sont accompagnées de pensées et d’émotions qui vont jouer un rôle dans les prises de décisions et dans l’ancrage de la pratique. Je n’omets pas pour autant la dimension de collectif de travail, c’est-à-dire de comportements et attitudes négociés entre professionnels accompagnant une personne, ni la dimension d’interaction avec la personne accompagnée et ses proches, qui va également avoir une influence sur les pratiques.

Ces pratiques s’accompagnent de pensées sur ce qui constitue une bonne manière d’accompagner, ce qui est considéré comme bien ou mal, mais également peuvent être associées à des émotions comme du malaise, de la colère, de la joie.

L’analyse de la pratique vise généralement à travailler sur les pratiques et à aligner autant que possible les comportements, les pensées et les émotions. Ce que j’associe à donner du sens à son métier.

Plusieurs outils sont à la disposition des professionnels pour aider à cet alignement et je me suis intéressé aux GAPP parce qu’ils semblent assez unanimement considérés comme utiles pour les professionnels. L’analyse de la pratique professionnelle constitue un champ de pratiques et de référentiels théoriques variés, ce qui rend impossible la tâche d’en valider ou invalider de manière globale l’efficacité. Un site spécialisé recense 17 approches de l’analyse des pratiques !

Références complètes de l’article

Evaluation of a Reflective Practice Intervention to Enhance Hospitalized Elderly Care : a mixed method study, Journal for Nurses in Professional Development, 30, 1, 34-41, 2014

Les auteurs

Véronique Dubé est Professeure agrégée de la Faculté des sciences infirmières de l’université de Montréal.

Véronique Dubé détient un baccalauréat en sciences infirmières de l’Université de Montréal (1996), une maîtrise en sciences infirmières de l’Université Laval (2005) et un doctorat en sciences infirmières de l’Université de Montréal (2012) pour lequel elle a obtenu une mention de distinction sur la liste d’honneur du doyen de la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESP). Elle a également effectué un stage postdoctoral au Toronto Rehabilitation Institute – University Health Network (2013-2015) sous la supervision de la Docteure Katherine S. McGilton et la cosupervision de la Docteure Francine Ducharme. Titulaire de la Chaire de recherche Marguerite-d’Youville d’interventions humanistes en soins infirmiers de l’Université de Montréal depuis 2016, sa programmation de recherche vise à développer et à évaluer des interventions psychoéducatives à l’intention de clientèles en situations de vulnérabilité, notamment les personnes atteintes précocement de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées et leurs proches aidants.

Son expérience clinique comme infirmière, infirmière clinicienne, monitrice et conseillère en soins spécialisés s’est principalement développée autour des soins aux aînés et de leurs proches aidants en centre hospitalier universitaire, en centre de soins généraux et spécialisés et en centre d’hébergement et de soins de longue durée.

Françine Ducharme est Professeure émérite à la Faculté des sciences infirmières de l’université de Montréal.

Francine Ducharme est docteure en sciences infirmières. Elle a été doyenne de la Faculté des sciences infirmières de 2015 à 2020 et est maintenant professeure émérite à cette même Faculté depuis 2022, de même que chercheuse honoraire au Centre de recherche de l’Institut université de Montréal. Elle a été la titulaire de la Chaire Desjardins en soins infirmiers à la personne âgée et à la famille de 2000 à 2015, la 1 ere Chaire de la Faculté des sciences infirmières. Chef de file dans le domaine des soins infirmiers aux personnes âgées et à leur famille, elle a été chercheure nationale du Fonds de la recherche en santé du Québec (2007-2011). Elle est membre de l’Académie canadienne des sciences de la santé et de la Société Royale du Canada pour son expertise en soins de longue durée après des personnes âgées et de leurs proches aidants. Elle a reçu l’insigne du mérite de l’Ordre des infirmières et infirmiers pour sa contribution à la profession infirmière en 2021 et plusieurs prix et honneurs au cours de sa carrière.

Evaluer l’efficacité d’une intervention de pratique réflexive

L’article de Dubé et Ducharme présente une étude mesurant l’effet d’une intervention de pratique réflexive auprès d’infirmières travaillant en hôpital gériatrique sur leurs attitudes concernant les personnes âgées, leurs connaissances et les interventions mises en place auprès des personnes âgées.

22 infirmières ont été impliquées dans le groupe expérimental et 21 dans le groupe témoin. Le groupe expérimental a été accompagné durant 8 ateliers de pratique réflexive de 75 minutes étalés sur 22 semaines à trois semaines d’intervalles.

Les infirmières des deux groupes ont rempli l’échelle de Kogan mesurant les attitudes envers les personnes âgées, le quiz de Palmore sur le vieillissement pour tester les connaissances des infirmières et ont réagi à des cas cliniques en listant les interventions qu’elles mettraient en place dans ces situations. Ces trois instruments ont été remplis avant et après l’intervention de pratique réflexive. Enfin, les infirmières du groupe expérimental ont été invitées à un focus group pour parler de leur expérience de l’intervention de pratique réflexive.

La pratique réflexive

Les infirmières du groupe expérimental ont rempli des journaux de réflexion sur la base du Modèle de réflexion structurée de Johns (2006) et avaient à remplir un journal par thème : médication, mobilisation, planification de la sortie.

Elles se sont appuyées sur ces journaux pour décrire des situations de soin récentes impliquant des personnes âgées hospitalisées et les analyser selon le modèle de Johns. Les infirmières devaient réaliser des lectures de recommandations de bonnes pratiques, choisir et tester des interventions sur chacun des thèmes.

Dans la galaxie de l’APP cela correspond à une approche assez interventionniste, et contrevient à la règle qui existe dans certains groupes ne ne jamais proposer ou rechercher de solutions. L’approche proposée dans les groupes de pratique réflexive est plutôt de proposer une structure de questionnement (le modèle de Johns) qui permet aux professionnels d’identifier les différentes dimensions de la situation et de ce qui leur pose problème.

Les lectures de recommandations de bonnes pratiques visent à apporter aux infirmières des sources fiables pour tester de nouvelles pratiques sur le terrain. Il s’agit d’articuler théorie et pratique de manière étroite et cohérente et, dans le cadre de l’étude, elles devaient expérimenter trois nouvelles pratiques et échanger sur les bénéfices perçus.

Résultats

Les attitudes envers les personnes âgées ne sont pas différentes entre les groupes expérimental et témoin avant l’intervention, mais elles s’améliorent significativement pour le groupe ayant participé à l’intervention, tandis qu’elles ne changent pas dans le groupe contrôle. Après l’intervention en pratique réflexive, les infirmières du groupe expérimental ont significativement amélioré leurs connaissances des personnes âgées, tandis que les infirmières du groupe contrôle ne s’améliorent pas. Enfin, les infirmières du groupe test n’ont pas identifié plus d’interventions adaptées aux personnes âgées hospitalisées comparativement aux infirmières du groupe contrôle à travers la mesure faite sur les cas cliniques présentés.

Les auteurs concluent que l’intervention en pratique réflexive propose un processus d’analyse systématique qui permet aux infirmières de choisir parmi les recommandations de bonnes pratiques celles qui sont pertinentes pour leur contexte de travail. L’intervention favorise le partage d’expérience entre infirmières et l’acquisition de nouvelles connaissances. Concernant le fait que les infirmières du groupe expérimental n’ont pas proposé, plus d’intervention que le groupe témoin, les auteurs indiquent que des données qualitatives issues des focus groups laisse penser que les infirmières ont introduit de nouvelles pratiques, mais que ce point reste à investiguer davantage.

Mon point de vue

Ce travail présente le mérite de soumettre l’intervention en pratique réflexive à une mesure rigoureuse de ses effets. L’effort de formalisation des auteurs, notamment pour clarifier le cadre théorique de référence, permet de tester et d’améliorer cette pratique sur la base de données fiables et reproductibles.

Le lien entre attitudes (modèles mentaux) et comportements est bien établi, par conséquent, les autrices sont fondées de considérer que leur intervention peut changer les pratiques. Cependant, tous les professionnels savent que le changement de pratique demande des efforts et que certaines habitudes ont la vie dure. C’est d’ailleurs tout l’intérêt et la pertinence des approches de pair-à-pair, comme les GAPP. Partir de constats de terrain, valider l’expérience de chacun pour construire et négocier des adaptations de pratique au bénéfice des personnes accompagnées en commençant par le plus petit changement possible.

N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de cet article et notamment si vous avez produit des travaux sur d’autres approches de pair-à-pair.


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